La protection du guerrier

Vue générale de la salle 3 de l’exposition © CMN

Au début du XIVe siècle, l’essentiel de la protection du guerrier noble est assuré par un long haubergeon de mailles, « treslies », porté sur une épaisse tunique matelassée amortissant les chocs. Un heaume cylindrique, mal ventilé, protège la tête. 

La multiplication des « plates » de métal rigides qui se superposent à cette armure souple et enferment de plus en plus étroitement les membres puis le torse, entraîne vers 1340 une évolution radicale de la silhouette du combattant en armes. Les jambes et les bras se dégagent, moulés dans des gouttières de métal articulées. L’abdomen est gainé par un gilet de cuir doublé de plaques d’acier, qui épouse étroitement les hanches, souligne la taille fine portée haute, et galbe la poitrine que la mode exige bien bombée.
Sur la tête, le bacinet (casque) au timbre pointu et à la visière aigüe dévie les coups. La figure centrale de la scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse, Les Myriades de cavaliers, en est la parfaite illustration.

Svelte, nerveuse, déliée, la nouvelle silhouette du chevalier influence la mode masculine contemporaine et favorise le goût pour les coupes ajustées qui témoignent de l’émergence de l’art du tailleur comme de la couture sur mesure. 

  

© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire
© CMN

  

Défendre les corps

Vue générale salle 3 de l’exposition. Au premier plan à droite, une cotte de mailles provenant du musée Dobrée
© CMN

L’essor des protections forgées dans des plaques de métal ne concerne qu’une frange très privilégiée des combattants. Ils font usage d’équipements luxueux et sophistiqués, comme les solerets protégeant les pieds, forgés en pointe « à la poulaine » (à la polonaise, forme très à la mode), ou des gantelets qui protègent chaque doigt séparément et dont les manchettes s’évasent « en sablier ».

  

Gantelet d'armure
Alliage ferreux
XVIe siècle
France
Musée Dobrée - Grand Patrimoine de Loire-Atlantique
© H. Neveu-Dérotrie / Musée Dobrée – Grand Patrimoine de Loire-Atlantique

Les mains des combattants sont très exposées aux coups.
À partir des années 1330 se développent des gantelets composés de petites plaques de métal qui protègent individuellement chaque doigt tout en permettant le libre jeu des articulations.

   

La plupart des guerriers se contentent de simples gambisons, épaisses tuniques de toile rembourrée de crin ou de laine, ou constituées d’une quinzaine de couches de grosse étoffe. Les plus chanceux bénéficient d’une chemise de mailles qui les protège du tranchant des armes mais ne résiste pas aux flèches ou aux carreaux d’arbalète, ou d’une cotte de plates, corset de cuir doublé intérieurement de plaques de métal fixées par des centaines de rivets. 

La complexité de la fabrication de l’armure nécessite des ateliers très structurés. Très active à Tournai, sa production est surtout largement dominée par les Milanais, qui disposent de revendeurs en France.
C’est sans doute de ces boutiques-ateliers (qui pratiquaient même la location !) que provient la magnifique armure citée dans l’inventaire des joyaux de Louis Ier d’Anjou : le bacinet orné d’une couronne d’orfèvrerie, de perles, de rubis et de diamants, les gantelets aux ongles d’or, les cuissards aux sangles de satin azur à boucles d’or, magnifient ce prince-guerrier, tout en assurant sa protection. 

  

Comment un homme est habillé et armé au XIVe siècle
Vidéo (Anglais)
© The Royal Armouries, Angleterre

  

    

L’incroyable flexibilité des pièces d’armure
Vidéo (Anglais) de 1924 reprise dans une conférence de 2010
© Metropolitan Museum of Art de New York, USA

  

  

Devenus superflus du fait de l’adoption de ces armures rigides, les boucliers subsistent sous la forme de la targe, dont le contour rectangulaire est entaillé d’une échancrure où le chevalier « couche » sa lance.

    

Targe funéraire
Cuir peint sur bois
XVe siècle
Bavière
Musée de l’Armée, Paris
© CMN

Targe
Détail des Myriades de cavaliers,
scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Les hommes de pied, arbalétriers ou tireurs de traits à poudre, conservent de grands pavois à l’abri desquels ils peuvent recharger leurs armes.
Un petit bouclier rond leur permet de parer les coups de leur adversaire quand ils se défendent à l’épée. Tous ces accessoires sont représentés avec précision sur la tapisserie de l’Apocalypse.

  

Bocle ou broquel ou rondelle de poing
Fer forgé, bois et cuir
XVe siècle
Espagne ? 
Musée de l’Armée, Paris
© CMN

Petit bouclier rond tenu par un ange
Détail de Saint Michel combat le dragon,
scène 36 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

    

Protéger le chef

Bacinet à bec de passereau
Fer
1380-1400
France ou Italie
Musée de l’Armée, Paris

Salade
Alliage ferreux
XVe siècle
Europe
Musée Dobrée - Grand Patrimoine de Loire-Atlantique

Chapel de fer
Fer, cuivre
Vers 1480
Espagne
Musée de l’Armée, Paris

© CMN

Première partie du corps visée par l’adversaire, la tête est toujours très soigneusement et très solidement protégée. Étouffant et rétrécissant la vue, le grand heaume est remplacé vers 1340 par le bacinet, dont la visière mobile permet de s’aérer et d’élargir son champ de vision une fois le premier choc passé. Son sommet aigu et son étrange mézail (visière) aérodynamique « tirés » dans un seul lingot de métal, agissent comme de véritables déflecteurs de choc. Un camail de mailles est fixé au bas du casque et protège la gorge et les épaules sans entraver les mouvements. 

Les fantassins lui préfèrent un chapel plus ou moins ogival, dont les larges rebords abritent le visage et la nuque des coups verticaux. Ces deux différentes défenses de tête, chapel et bacinet, sont très précisément illustrées sur la scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse, Les Myriades de cavaliers.

Les représentations peintes ou tissées médiévales campent souvent des chevaliers dont l’équipement mêle sans distinction tenue de guerre et accessoires festifs : casques sommés de plumails précieux ou de cimiers héraldiques en cuir ou en carton peints, mantelines (manteaux courts) de soie, couvertures de chevaux à riche décor brodé.
Mais si ces éléments sont arborés lors des joutes, ils sont délaissés à la guerre où rien ne doit entraver la mobilité du combattant et de sa monture. 

  

Bacinet à mézail, camail, haubergeon, chapel de fer, gantelet, targes mais aussi plumes d’autruche et de faisan…
Détail des Myriades de cavaliers, scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Le Moyen Âge comme source d’inspiration

Au début de la Première Guerre mondiale, les pays belligérants sont confrontés à un très grave problème : alors que les armes à feux et l’artillerie ont connu un développement sans précédent, les combattants ne sont pas équipés de protection de tête. Les mitrailleuses, éclats d’obus et autres shrapnels (obus rempli de balles ou de fragments de métaux) font des ravages.
Le casque, tombé en quasi-désuétude depuis le XVIIe siècle, refait alors son apparition et s’inspire des modèles médiévaux. Le casque français Adrian M 1915 dérive de la « bourguignotte », casque du XVe siècle muni d'une crête. En janvier 1916, le Stahlhelm, dont la forme existe dès la fin du XVe siècle, vient remplacer le casque à pointe allemand. La forme circulaire du casque Brodie, utilisé par les armées de l'Empire britannique, rappelle le chapel de fer.

  

Casque américain M1
Acier embouti et peint
Modèle de 1941
Collection Musée de la Résistance en Bretagne / OBC

Après avoir longtemps utilisé le modèle anglais, les Américains adoptent une protection de tête plus enveloppante. Comme le Stalhelm allemand, ce modèle s’inspire de la salade médiévale.

  

            

    Modèle de salade médiévale    

Casque britannique MK II
Acier embouti et peint
Modèle 1942
Collection Musée de la Résistance en Bretagne / OBC

Le casque Brodie (du nom de son inventeur l’anglais John Brodie) permet d’identifier facilement l’allié britannique lors des deux conflits mondiaux. Brevetée en 1915, cette protection affectueusement baptisée « plateau à thé » par les contemporains, est une adaptation du chapel de fer médiéval.

  

          

  Modèle de chapel de fer médiéval  

Casque allemand Stahlhelm
Acier embouti et peint
Modèle 1916
Collection Musée de la Résistance en Bretagne / OBC

Le Stalhelm (littéralement « casque d’acier ») remplace en 1916 le célèbre casque à pointe allemand (Pickelhaube). Il s’agit comme pour le casque M1 américain d’une adaptation de la salade médiévale. Il est utilisé par l’armée allemande lors des deux Guerres mondiales. Sa forme est particulièrement reconnaissable et a servi de base à bon nombre de casques contemporains.

  

    

  Modèle de salade médiévale  

Casque français Adrian d’artillerie
Acier embouti, riveté et peint
Modèle 1915
Collection Musée de la Résistance en Bretagne / OBC

Cet objet est une adaptation militaire des casques de pompiers français, eux-mêmes fabriqués d’après la bourguignotte, une protection typique des XVIe et XVIIe siècles, originaire de Bourgogne et caractérisée par sa crête et sa visière. La crête (ou cimier) est destinée à s’écraser après avoir reçu un coup.

  

       

  Modèle de bourguignotte médiévale  

En 1917, peu après l'entrée en guerre des États-Unis, le gouvernement sollicite Bashford Dean (1867 - 1928), conservateur des armes et armures au Metropolitan Museum of Art de New York et auteur de planches montrant l’évolution des armes, casques, armures…. Grâce à sa connaissance des armures historiques, il conçoit une série de prototypes de casques et de gilets pare-balles. Son Sentinel's Helmet s'inspire directement de l'armet italien du XVe siècle.

Bien qu'un seul des modèles de Dean ait été adopté avant la fin de la guerre, son travail constitue une base pour le développement ultérieur de l'équipement de protection des soldats américains.

  

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