Histoire

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Histoire du château d'Angers

Face à nous se dresse les deux tours circulaires de la porte des champs qui forme un de angles de la forteresse. Sur la gauche on distingue trois autres tours circulaires de l’enceinte, et sur la droite deux autres tours circulaires. Les hauts murs entre les tours sont construits dans la pierre grise locale, le schiste ardoisier. Les tours, également construites en schiste, portent quant à elles un motif de rayures blanches sur toute leur hauteur. Ce motif est composé par l’alternance de schiste et de pierre calcaire blanche. Les deux tours de la porte des champs se distinguent des autres par l’emploi exclusif du calcaire pour ses deux tiers inférieurs. Entre ces deux tours qui sont plus resserrées que les autres, on aperçoit une porte, à plusieurs mères au-dessus du sol. Des profonds fossés nous séparent de la forteresse. Le fond des fossés est aménagé avec des allées et des jardins aux formes géométriques composés de buis taillées et de parterres. A l’extrême gauche de l’image, un rideau d’arbre longe les fossés.

Au château d’Angers, 6000 ans d’Histoire nous contemplent ! Découvrez la longue vie de la forteresse de l’Apocalypse, un monument emblématique de l’Anjou au cœur de l'histoire de France. Retour vers le Moyen Âge... et au-delà !

Préhistoire > XIIe siècle | Le château avant le château

Sous le Moyen Âge, le Néolithique !

Idéalement situé sur un promontoire qui domine la rivière Maine quelques kilomètres en amont de sa confluence avec la Loire, le site du château d’Angers a su séduire les bâtisseurs bien avant le Moyen Âge !  

Les constructions les plus anciennes à cet emplacement remontent à la Préhistoire ! Le site est aussi prisé par les Gaulois pour la défense, puis par les Romains qui y installent le cœur de la ville antique.

Le site du château témoigne en fait des origines les plus anciennes de la ville d'Angers !

Découvrir le plus beau panorama d'Angers

Vu depuis l'autre côté de la rivière, le château se dévoile : à gauche et à droite des tours, et entre les murs de la forteresse perchée, des bâtiments résidentiels se distinguent.
Le château vu depuis la cale de la Savate, de l'autre côté de la Maine.

© Jean-Pierre Delagarde / Centre des monuments nationaux

Attention Vikings !

Au IXe siècle, Angers connaît une menace venue du nord, et par bateau... : les Vikings ! Avec leurs célèbres drakkars, commandés par leurs chefs Ragnar Lodbrok et Bjorn Cote de Fer, ils ont déjà pris plusieurs fois la ville.   

Pour leur résister, le roi de France Charles le Chauve décide en 851 d'installer un comte sur le promontoire : c'est l'acte de naissance du château !     

Ces représentants du roi vont petit à petit prendre leur indépendance. Ils fondent des dynasties puissantes qui dépassent le seul territoire de l'Anjou. L'un d'eux, Foulque V, deviendra même roi de Jérusalem !  

Le palais oublié des rois d'Angleterre Plantagenêt

Last but not least : les Plantagenêt sont les derniers des comtes d’Anjou. Par d'heureuses alliances matrimoniales, ils deviennent au XIIe siècle... rois d'Angleterre

 Eh oui ! Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre, popularisés par la légende de Robin des Bois, étaient avant tout des princes angevins ! Ces fils de la puissante Aliénor d'Aquitaine régnaient alors sur un territoire s'étendant de l'Écosse aux Pyrénées. Attachés à la région, certains d’entre eux reposent près d’ici, à l’Abbaye royale de Fontevraud. 

Leur palais comtal d’Angers, dont il reste aujourd’hui d’impressionnants vestiges à l’intérieur du château, était l'un des plus fastes de l'Ouest.

Nous sommes à l’intérieur des ruines de ce qui était autrefois la grande salle comtale. Sur la gauche, un grand mur présente trois grandes fenêtres à meneaux, et une grande ouverture à laquelle conduisent des escaliers. Le sol de la salle est une grande zone herbeuse et le plafond a disparu.
Intérieur de la grande salle en ruine du palais comtal.

© Jean-Pierre Delagarde / Centre des monuments nationaux

XIIIe siècle | Une forteresse imprenable du temps de Saint Louis

Angers, frontière du royaume de France

Un voisin aussi puissant n'est pas pour plaire au roi de France Philippe Auguste. Les rois capétiens mènent sièges et batailles pour récupérer les terres de l'Ouest aux Plantagenêt. Pour Angers, c'est chose faite en 1206. 

Jusqu’alors cœur de l'empire des rois d'Angleterre, l'Anjou est maintenant la frontière du royaume de France.  Une frontière qu’il faut protéger ! 

La reine Blanche de Castille qui assure la régence du royaume pour son fils Louis IX, futur saint Louis, ordonne dans les années 1230 l'édification d'une forteresse gigantesque.   

Sur cette image créée par ordinateur, on peut découvrir l'aspect du château au 13e siècle. les tours sont plus haute et couvertes de toits coniques. Sous les toits et sur le haut du chemin de ronde, des galeries couvertes en bois permettent une surveillance abritée. Un pont-levis en bois permet l'accès à la porte des champs.
Reconstitution de la porte des champs dans son état du XIIIe siècle. Des toits en poivrière coiffent les tours et des hourds en bois permettent une surveillance abritée et le jet à la verticale de projectiles.

© Yann Bernard - Jean-Baptiste Barreau / Centre des monuments nationaux / Département de Maine-et-Loire (Service archéologie)

Un chantier royal !

Ce nouvel édifice englobe l'ancien palais comtal et quadruple sa surface. Pour ce faire, on rase même un quartier entier de la Ville ! 17 tours, de profonds fossés, des éléments défensifs ingénieux... et même des décors sculptés dans les salles des gardes ! 

La forteresse de Blanche est la plus forte de France et le chantier est colossal

Découvrir la Porte des champs

Dans un angle de mur, au niveau d’un culot (c’est à dire la console qui permet de réceptionner et de soutenir une des retombées de la voûte d’ogive), un élément décoratif est sculpté. C’est un visage. Le personnage porte une coupe de cheveux au carré qui descend et rebique sous les oreilles, avec une frange courte, à mi-front. Le nez de la sculpture est endommagé. Le tout est sculpté dans une pierre calcaire de couleur blonde.
Tête sculptée arborant une coupe de cheveux au carré, typique du XIIIe siècle et de l’époque de Saint Louis. Salle des gardes. Portes des champs.

© Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux

XIVe et XVe siècle | Heurs et malheurs des ducs d'Anjou

Le château des "princes des fleurs de lys"

Aux XIVe et XVe siècles, le château est habité par des princes puissants de la famille royale de France : les ducs d'Anjou. Ils font édifier de splendides bâtiments de style gothique flamboyant au centre du château qu'ils rénovent.   

Amoureux des arts, ils commandent des œuvres comme la gigantesque tapisserie de l’Apocalypse et installent à Angers une vie de cour florissante. 

Découvrir la tapisserie de l'Apocalypse en 2 minutes

Au premier plan et se dirigeant vers la gauche de l‘image, une allée pavée conduit notre regard vers l‘arrière-plan. Sur la droite, deux bâtiments longent cette allée : au premier plan, la chapelle. On voit ici le côté de son chevet reconnaissable à la grande baie en arc brisé qui éclaire le chœur. Ce chevet a une forme triangulaire très affirmée du fait de la pente forte de la toiture. La chapelle est entièrement maçonnée de tuffeau, une pierre calcaire d’un blanc lumineux. A l’arrière-plan on aperçoit un petit édifice : le châtelet. Il ressemble à un petit château avec ses tourelles et ses toitures d’ardoise coniques, dites ”en poivrière”.
La chapelle Saint-Jean-Baptiste et le châtelet, vus depuis l’entrée actuelle du château et la grande cour.

© Caroline Rose / Centre des monuments nationaux

Une famille au cœur de la guerre de Cent Ans

Leur héritage artistique est plus impressionnant que leurs réussites politiques. Car à la guerre, les ducs ne sont pas en veine ! Héritiers des royaumes de Naples, de Sicile et de Jérusalem, les Anjou tentent de contrôler ces terres lointaines, mais en vain. 

Louis Ier y laissera sa vie, le roi René sa fortune.   

Souvent moins connues que les hommes de leur famille, les duchesses d'Anjou et leurs filles redorent pourtant le blason familial ! C'est Yolande d'Aragon, la mère du roi René, qui organise l'épopée de Jeanne d'Arc et met fin à la guerre de Cent Ans en permettant le couronnement de son gendre, le roi Charles VII ! 

Découvrir René le Magnifique, de l'histoire à la légende

L’image de ce vitrail est composée de trois parties, à la manière d’un triptyque. Au centre se trouve la Vierge. Elle est reconnaissable au bleu de sa robe qui est la couleur qui la caractérise. Ses cheveux sont longs et blonds. Elle nous fait face, le visage tourné vers la gauche de l’image. A gauche, le roi René est agenouillé, les mains jointes, tourné vers la Vierge. Il tient une lance. A droite, Jeanne de Laval est elle aussi à genoux et les mains jointe, tournée vers la Vierge. Ses cheveux sont couverts d’un voile blanc qui descend sous ses épaules. A son côté, un chien à long museau porte un collier d’or serti de perles. Sous la représentation du roi et de la reine, des armoiries surmontées d’une couronne identifient chacun d’eux.
Vitrail de la chapelle Saint-Jean-Baptiste montrant René en tenue de chasse et sa seconde épouse Jeanne de Laval en prière devant la Vierge.

© Caroline Rose / Centre des monuments nationaux

XVIe > XIXe siècle | Du château à la prison

Renaissance et derniers feux de la place-forte

Après le rattachement de l’Anjou à la couronne et le départ du roi René pour la Provence, le château est redevenu simple lieu de garnison royale. Il est une nouvelle fois la cible d'attaques à la fin du XVIe siècle. Mais cette fois, l'ennemi est intérieur...    

Les guerres de Religion agitent le royaume et le château est pris deux fois par les Huguenots  en 1580. Le roi de France Henri III ne fait pas dans la dentelle : il ordonne de raser la forteresse !  

Elle est finalement réaménagée par son gouverneur Donadieu de Puycharic : les archères sont élargies pour devenir des canonnières, on décoiffe les tours, on crée des plateformes d'artillerie

C'est cette remise au goût du jour drastique qui donne au château d'Angers l'allure qu'on lui connaît aujourd'hui !  

Sur ce dessin ancien en couleur on aperçoit le château depuis la rivière. Ses tours sont décoiffées et porte des canons.
La forteresse vue depuis l'autre rive, détail d'une vue de la ville depuis l'aval. En haut des tours, on distingue les canons pointés sur la ville. Gravure, par P.-J. Mariette,1770, Bibliothèque municipale d'Angers ; Ms. 1047 (903) f. 61

© Bibliothèque municipale d'Angers et Région Pays de la Loire - Inventaire général

Passez du côté obscur de la forteresse...

Mise à part une épisodique visite de François Ier en 1518, cette fois, la vie de château, c'est bien fini

De Louis XIV à Napoléon III en passant par la Révolution française, la forteresse servira désormais essentiellement de lieu de casernement ou de prison.    

Parmi les enfermés, certains sont restés célèbres, comme Nicolas Fouquet. Ce ministre de Louis XIV est embastillé à Angers en 1661, sous la conduite d'un certain... D'Artagnan !

Une porte en bois équipée d'un guichet est entrouverte. Elle laisse apercevoir une grande pièce voûtée avec deux grandes ouvertures dans le fond.
Casemate supérieur et sa porte à guichet. Cet espace créé au XVIe siècle pour accueillir des canons est réaffecté au XIXe siècle pour servir de prison.

© Jean-Pierre Delagarde / Centre des monuments nationaux

D'autres, plus anonymes, sont mis aux fers pour différentes raisons : otages de guerre, prisonniers politiques, de droit commun ou même malades psychiatriques... 

Tous ont laissé sur les murs du château des traces de leurs passages. Messages énigmatiques, dessins, noms, dates... Ces graffitis témoignent d'une histoire sombre et souvent méconnue du monument.   

Dans la pierre calcaire blanche, des dessins sont gravés. On peut notamment voir des arches et des potences
Graffitis de prisonniers dans la tour n° 13

© Jean-Pierre Delagarde / Centre des monuments nationaux

XXe et XXIe siècles | Le temps du monument

1945 : un monument en chantier

Le château est classé Monument Historique en 1875. Alors qu'il est encore sous autorité de l'Armée, il est décidé en 1936 qu'il sera transféré à l'administration des Beaux-Arts. Mais la guerre retarde son ouverture au public.

Le 4 août 1944, la Libération de l’Anjou a commencé : les bombes des Alliés pleuvent sur la ville.  Au château, qui hébergeait une base allemande, les dégâts sont considérables.   

Alors, comme partout en France, il faut reconstruire. On aménage le site pour la promenade, on plante des jardins, on restaure les bâtiments. On lance aussi un chantier phénoménal : une galerie contemporaine monumentale dédiée à exposer et conserver une œuvre qui l'est tout autant : la tapisserie de l'Apocalypse du duc Louis Ier.    

En 1948, le monument accueille ses premiers visiteurs. La galerie de l'Apocalypse ouvre 6 ans plus tard. Cela faisait près de 500 ans que la tapisserie avait quitté le château !   

Un écrin pour la nature

Aujourd'hui, le château d'Angers est un îlot de verdure en plein cœur de ville. Roseraie, jardin des simples, jardin régulier, jardin d'hortensias...  

Le végétal est omniprésent ! Il rappelle l'histoire du site mais aussi le terroir angevin, entre vignobles et innovation horticole. 

Flâner dans nos jardins

Cette photo prise du sommet d'une tour donne à voir un monument verdoyant. des jardins réguliers composés d'ifs taillés ainsi que de nombreux arbres sont présents.
Vue de la grande cour du château depuis le rempart nord

© Jean-Pierre Delagarde / Centre des monuments nationaux

Un lieu dédié à l'art et à la culture

Le Domaine national du château d'Angers expose toute l'année la tapisserie de l'Apocalypse, un chef-d'œuvre inscrit à l'UNESCO. Il conserve aussi dans ses réserves le trésor de tapisseries de la cathédrale d'Angers. 

Dans le logis royal, des espaces d'interprétation du patrimoine avec des maquettes et des vidéos, ainsi que des expositions temporaires vous attendent.   

Domaine national du réseau du Centre des monuments nationaux, le château accueille plus 260 000 visiteurs par an auxquels il propose tout au long de l’année des événements et des animations, pour apprendre, s’émerveiller... et rêver en grand !

Consulter l'agenda

trois danseurs vêtus de rouge et de noir dansent devant la tapisserie de l'Apocalypse.
Performance chorégraphique dans la galerie de l'Apocalypse

© Emma Fonteneau / Domaine national du château d’Angers

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