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La guerre de Cent Ans et les forces en présence

Vue générale de la salle 1 de l’exposition © CMN

  

La guerre de Cent Ans

La guerre de Cent Ans s’ouvre quand le roi d’Angleterre Édouard III revendique la couronne de France. Petit-fils du roi de France Philippe IV le Bel par sa mère, il conteste la légitimité de Philippe VI de Valois, élu en 1328 à la mort de son cousin Charles IV.

Les premiers temps sont difficiles pour la royauté française. Les échecs s’accumulent.
La défaite de Crécy (1346) est moins grave que la perte de Calais l’année suivante, qui donne désormais aux Anglais un point d’entrée dans le royaume d’où ils peuvent faire partir leurs chevauchées dévastatrices.

La capture du roi de France Jean II le Bonen 1356 à la bataille de Poitiers - à laquelle participe Louis Ier d’Anjou - est un nouveau coup dur, car les Anglais exigent une énorme rançon et la cession de vastes territoires.
Le pouvoir royal est confronté à une grave crise. À Paris, le prévôt des marchands Étienne Marcel veut mettre la royauté sous tutelle. Dans les campagnes d’Île-de-France, la Jacquerie, révolte des paysans, s’en prend aux nobles incapables de défendre le royaume.
Les combattants démobilisés décident de vivre sur le pays. Les pillages succèdent aux combats, les périodes de trêves n’apportent pas de soulagement.

Le redressement est long mais, grâce à la stratégie du connétable Bertrand du Guesclin (1370-1380), au terme du règne de Charles V (1364-1380), la royauté française a retrouvé sa splendeur passée.

À partir de 1392, la folie qui frappe le roi Charles VI, fils de Charles V, provoque une guerre civile entre deux factions qui veulent s’imposer à la tête du gouvernement royal : « Armagnacs », autour du duc d’Orléans, « Bourguignons » autour du duc de Bourgogne.
Les Anglais en profitent pour reprendre la guerre. À Azincourt (1415), Henri V écrase l’armée française. En 1420, le traité de Troyes fait de lui l’héritier de la couronne de France, contre les droits du fils de Charles VI, le futur Charles VII. Il faut l’arrivée de Jeanne d’Arc, en 1429, pour renverser une situation qui paraît désespérée.
La guerre, toutefois, dure jusqu’en 1453, et le roi d’Angleterre se dira « roi de France » jusqu’en 1802…

  

"La bataille de Poitiers"
Diorama constitué de figurines Starlux et Clairet (France)- Collection particulière
Illustration de Graham Turner © Osprey Publishing, Oxford
© CMN

  

Les forces en présence

Les Français, Louis Ier d’Anjou et ses proches

Le commanditaire de la tapisserie, Louis Ier d’Anjou (1339-1384) a activement participé à la guerre. Second fils du roi Jean II le Bon (1319-1364), frère du roi Charles V (1337-1380), il naît pendant les premières années du conflit. 

Avec toute une génération de princes du même âge, notamment ses deux frères, Jean de Berry et Philippe de Bourgogne, il est étroitement associé aux enjeux de la guerre et de la diplomatie du royaume.
Otages quelques années à Londres après le désastre de Poitiers pour garantir le retour en France de Jean II, ces princes jouent un rôle majeur dans la reconquête qui a lieu durant le règne de Charles V. 
Louis, devenu duc d’Anjou, sert la politique de son frère aîné en entraînant dans des conflits hors de France les compagnies de routiers qui dévastent le pays, puis en participant à la reprise de la Guyenne.

Acteur majeur de la diplomatie française auprès du pape à Avignon, il y rappelle que la fin du conflit avec les Anglais doit permettre la reprise des Croisades. C’est peut-être ce qu’évoque la présence d’un cavalier d’allure orientale à la suite des soldats anglais de la scène de la tapisserie de l’Apocalypse intitulée Les Myriades de cavaliers

 

Le cavalier à l’allure orientale qui accompagne les anglais.
Détail des Myriades de cavaliers, scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

En 1380, Louis Ier hérite des couronnes de Sicile et de Jérusalem. Il est possible que son souhait de libération de la Jérusalem terrestre trouve un écho dans l’avènement de la Jérusalem nouvelle qui figure sur les dernières scènes de la tapisserie de l’Apocalypse.

  

Les Anglais, Edouard III et le Prince Noir

Salle 1, « le coin des anglais » dans l’exposition © CMN

  

Le duc Louis Ier d’Anjou a vraisemblablement fait le choix de représenter ses ennemis anglais sur la tapisserie de l’Apocalypse : des soldats (scène 73, Le Verbe de Dieu charge les Bêtes) et de grands personnages comme le roi d’Angleterre Edouard III qui figure sur les scènes 24, Les sauterelles et 31, La mort des deux témoins. Représenté à cheval, portant une barbe à double pointe et une couronne, il tient dans sa main droite le sceptre à bouton de rose caractéristique des rois d’Angleterre. Son fils, le Prince Noir, personnage central de la scène 26, Les Myriades de cavaliers, est reconnaissable à la plume d’autruche de son casque.

  

Edouard III d’Angleterre représenté sous les traits d’Abaddon, l’ange de l’Abime, suivi de cinq sauterelles (ses cinq fils ?). Détail de La cinquième trompette : les sauterelles, scène 24 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Le guerrier à l’armure luxueuse, au centre, est identifié comme le Prince Noir
Détail des Myriades de cavaliers, scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Fils d'Edouard II et d'Isabelle de France, Edouard III (1312-1377) devient roi d’Angleterre très jeune (1327). Il déclare la guerre à la France en 1337 et remporte d'importantes victoires : l’Écluse (1340), Crécy (1346) et Poitiers (1356). Edouard III fait du royaume d’Angleterre la première puissance militaire d’Europe. L’armée anglaise est peu nombreuse en hommes mais elle s’est aguerrie au cours des rudes expéditions menées contre les Écossais et les Gallois ; elle compte dans ses rangs de vrais professionnels de la guerre.

Edouard III bénéficie du soutien indéfectible de son fils aîné, surnommé le Prince Noir en raison, dit-on, de la couleur de son armure. Ce dernier, de son vrai nom Edouard de Woodstock (1330-1376), combat aux côtés de son père à Crécy et s’illustre dans les chevauchées qui ravagent le Sud-Ouest de la France entre 1350 et 1370. Il rentre en Angleterre en 1371 et meurt en 1376, un an avant son père. Il est enterré à la cathédrale de Canterbury, où son gisant est toujours visible.

  

Les professionnels 

Vue générale de la salle 2 de l’exposition © CMN

  

Au Moyen Âge, la guerre est avant tout l’affaire de la noblesse.
Voués à devenir des chevaliers lors de l’adoubement, les jeunes nobles sont formés aux arts de la guerre, à monter à cheval et à manier l’épée et la lance. Nourri par toute une littérature qui leur est destinée, leur apprentissage est aussi idéologique. Il leur faut intégrer les valeurs de la chevalerie : la bravoure au combat et la fidélité aux engagements pris envers Dieu et les hommes. Même s’il appartient par sa naissance à l’élite, le chevalier doit toujours donner les preuves de sa valeur. Le courage se transforme alors parfois en témérité. À la bataille de Crécy, en 1346, les chevaliers français chargent inconsidérément et sont massacrés.

Il n’y a pas encore d’armée permanente. En cas de besoin, le roi convoque les nobles, qui se présentent avec un groupe d’hommes d’armes qui n’appartiennent pas à la noblesse. Ces « gens d’armes », comme on les appelle, peuvent être considérés comme des professionnels de la guerre, car combattre à cheval nécessite un long entraînement. Quand une trêve met un terme au conflit, beaucoup n’envisagent pas le retour à la vie civile. Entre 1360 et 1400, des bandes de « routiers », combattants au chômage, mettent certaines régions en coupe réglée et défient le pouvoir royal.

Le roi de France recrute également des mercenaires étrangers qui servent pour la solde qui leur est versée. Véritables spécialistes, les arbalétriers génois sont notamment présents aux côtés des Français au XIVe siècle.

C’est en 1445 que Charles VII institue quinze « compagnies d’ordonnance » qui forment la première armée permanente française.

  

Illustration
© Patrick Dallanegra

Armures du duc, du chevalier et du soldat
Ces présentations sont constituées par les fac-similés d’objets médiévaux appartenant aux membres de l’Association l’Alliance des Lions d’Anjou
© CMN

  

Les amateurs

Si la cavalerie est surtout formée de professionnels, il n’en va pas de même pour l’infanterie. Ce sont surtout les villes qui sont mises à contribution pour en remplir les rangs. Chaque cité peut rassembler, équiper et armer un groupe de combattants, parfois plusieurs centaines d’hommes, revêtus d’un uniforme commun. Sur le champ de bataille, l’efficacité de ces contingents est toutefois limitée et la chevalerie a le plus grand mépris pour ces combattants souvent sans réelle formation.

En 1356, la capture de Jean II le Bon à la bataille de Poitiers provoque une grave crise dans le royaume. En Île-de-France et en Picardie, les paysans prennent les armes et se soulèvent : c’est la « Jacquerie », réprimée dans le sang. À plusieurs reprises, ensuite, citadins ou paysans s’organisent pour pallier l’incapacité du pouvoir royal à les défendre. 

La tapisserie de l’Apocalypse illustre cet état de fait : un moine lutte au côté de gens d’armes sur la scène 39, Le Dragon combat les serviteurs de Dieu et le guet qui protège la cité est bien visible sur la scène 77, Satan assiège la ville.

  

Moine et gens d’armes prennent les armes
Satan combat les serviteurs de Dieu, scène 39 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

Les défenseurs de la ville
Détail de Satan assiège la ville scène 77 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

En 1429, les Orléanais défendent leur ville assiégée par les Anglais. La figure de Jeanne d’Arc incarne bien cette volonté et cette capacité à se défendre par soi-même. Monter à cheval, porter l’armure, connaître les rudiments de la tactique de l’époque : tout cela, Jeanne apprend le faire en quelques semaines.

  

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