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L'armement offensif

Vue générale salle 4 de l’exposition © CMN

  

Sur la tapisserie de l’Apocalypse figurent des armes offensives nombreuses et variées : épées, fauchons, dague, arc ou encore lances et armes d’hast. Ces dernières sont composées d'une lame ou d'une pointe métallique fixée au bout d'un long manche, généralement en bois, appelé hampe. On range sous cette catégorie les fauchards et les haches.
Les armes apparaissent ici dans toute leur diversité, brandies par les combattants des différentes scènes d’affrontement. C’est le cas dans la scène 26, où l’on pense reconnaître le Prince Noir chevauchant en compagnie de mercenaires. Fortement armés, ils répandent la mort et le chaos.
Mais il n’y a pas sur la tapisserie de l’Apocalypse que de funestes outils. Certaines armes ont un rôle symbolique. Ainsi, l’épée à double tranchant placée dans la bouche du Christ au glaive (scène 3) évoque la parole divine, qui sauve et qui juge. Le Quatrième Cavalier, le cheval livide et la mort (scène  12) tient son épée « en pal », pointe vers le haut, pour signifier le pouvoir de la Mort sur tout être. Au Moyen Âge, les personnages puissants (nobles, rois, connétables) la portent également de cette façon.

   

Épée
Détail du Cheval livide et la mort, scène 12 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

   

La précision de la représentation des armes sur la tapisserie dénote une connaissance détaillée de l’équipement militaire de l’époque. Elles sont similaires à d’autres représentations médiévales et aux armes qui ont été conservées jusqu’aujourd’hui.

Épée, dague et fauchon 

De nombreuses épées sont brandies sur la tapisserie de l’Apocalypse et leur évolution formelle y est parfaitement illustrée. Au XIVe siècle, les épées s’allongent, leur pointe devient acérée et leur lame est rigidifiée par une arête. Auparavant surtout conçues pour les coups « de taille » (avec le tranchant),  les lames s'effilent pour donner des coups  « d'estoc » (avec la pointe). Cette transformation est consécutive entre autres à l’efficience croissante des armures : les épées doivent pouvoir pénétrer entre les plaques de métal.
La tapisserie témoigne de ce phénomène et renseigne aussi sur des éléments en matériaux organiques que l’archéologie ne découvre que rarement. C’est le cas du fourreau (étui) de l’épée, du baudrier (ceinture) auquel il est suspendu, ou encore de la chape (petite pièce de cuir) qui empêche l’humidité de corroder la lame.

La composition de toutes les épées médiévales est la même. Leur lame en acier est prolongée par une soie. Sur cette partie viennent se placer la garde, qui protège la main, la fusée, qui permet de saisir l’arme, et le pommeau, qui évite qu’elle ne glisse de la main.
Les formes et dimensions de chacun de ces éléments sont savamment conçues. La répartition du poids est très importante pour l’équilibre et l’efficacité de l’arme.

La plupart des lames d’épées sont produites en Dauphiné et transportées en fagots vers les fourbisseurs qui montent les gardes, fournissent fourreaux et garnitures et assurent l’entretien. Très réputées au XIVe siècle - Louis Ier d’Anjou en possède - les épées dites « de Bordeaux » viennent sans doute du village de Bourdeau en Savoie.

  

Épée
Fer et cuivre
XIIIe et XIVe siècles
Musée Dobrée - Grand Patrimoine de Loire-Atlantique
© H. Neveu-Dérotrie / Musée Dobrée – Grand Patrimoine de Loire-Atlantique

Les lames des épées médiévales sont toujours en acier, métal à la fois dur et souple. Les éléments de la poignée, moins soumis aux chocs lors des combats, peuvent en revanche être réalisés en matériaux moins durs. Ici, le pommeau de l’épée est en laiton ou en alliage cuivreux. L’utilisation de ces métaux colorés témoigne davantage de goûts esthétiques que de nécessités techniques. Des pommeaux et gardes de couleur jaune sont représentés dans la tapisserie (scènes 36, Saint Michel combat le dragon, ou 77, Satan assiège la ville, par exemple).

  

Une seule dague est présente dans la tapisserie, à la ceinture du Prince Noir. Elle est luxueuse et réaliste : sa poignée est ornementée et renflée au centre pour sécuriser la main. La rareté de cette représentation est étonnante car la dague est portée par la majorité des combattants médiévaux.
Cette absence dans la tapisserie est peut-être due au caractère moins noble de cette arme, destinée à achever les ennemis.

  

Dague
Détail des Myriades de cavaliers, scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Se distinguant des épées par leur lame courbe à un seul tranchant, les fauchons sont de simples couteaux, mais dont la lame peut parfois dépasser les 70 cm. Leur forme élargie vers la pointe permet de trancher très efficacement et d’écraser.
Éclipsé par l’épée et sa symbolique, le fauchon occupe pourtant une place primordiale dans l’armement médiéval. Cette place lui est restituée sur la tapisserie de l’Apocalypse.

  

Fauchon
Détail de Satan assiège la ville, scène 77 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

    

Les armes d’hast

Les armes d’hast (du latin hasta : lance) sont utilisées dès la préhistoire. Elles se caractérisent par une pointe ou une lame placée au bout d’un manche appelé hampe. Leur principal atout est de posséder une allonge considérable et ainsi de maintenir l’ennemi à distance. Elles tranchent, transpercent et infligent parfois des dégâts contondants.

Manipulées par des combattants de toutes les catégories sociales, elles s’avèrent essentielles pour contrer la cavalerie qui occupe une grande place dans la tactique médiévale.
Ces armes d’hast peuvent se présenter sous des aspects très divers : des simples pieux de bois brûlés aux hallebardes finement travaillées.

Elles sont employées sur les champs de batailles ou lors des tournois. Elles sont souvent dérivées d’outils agricoles. La diversité de leurs noms montre la variété de leurs formes : fauchard, sorte de faux à double tranchant, bardiche avec son fer allongé en forme de croissant, hache de pas composée d’une dague (pique), d’un mail (marteau) et d’une taille (hache).

Dans les enluminures et les tapisseries, elles figurent le plus souvent au-dessus des combattants et permettent d’identifier rapidement une troupe de guerriers. Elles sont abondamment représentées sur la tapisserie de l’Apocalypse : on y voit des lances en pointe de diamant et des haches de pas.

  

Hache de pas
Détail des Anges de l’Euphrate, scène 25 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

Hache de pas
Acier forgé
Fac-similé du XXIsiècle

Vidéo
Extraits du documentaire Hache de combat - La forge (béhourd) réalisé par Fred Rousseau, GONG -  Gi Or No Gi

  

Hache de combat - La forge (béhourd)
Documentaire réalisé par Fred Rousseau, GONG -  Gi Or No Gi

  

Arc, flèche et arbalète 

L’arc et l’arbalète sont les deux principales armes individuelles de jet au Moyen Âge.

Si l’arc apparaît dès la Préhistoire, l’arbalète, utilisée en Chine dès le Ve siècle avant notre ère, ne se déploie en Occident qu’à partir du Xe siècle.
Ces deux armes sont si destructrices que le pape proscrit l’emploi des arbalétriers et des archers contre les chrétiens au XIIe siècle. L’arbalète est même qualifiée « d’arme du Diable ».

Pendant la guerre de Cent Ans, les deux armes se font concurrence. Mieux entraînés que les Français et disposant du fameux longbow (arc long de 2 m), les archers anglais peuvent envoyer de 10 à 16 flèches à la minute à une distance maximale de 350 mètres. L’arbalète est plus lente, le rechargement prenant plus de temps, mais plus précise et plus puissante.

Étonnamment, alors qu’elles sont abondantes dans les enluminures, il n’y a pas dans la tapisserie de l’Apocalypse de représentations d’arcs ou d’arbalètes tels qu’on pouvait communément les voir sur les champs de bataille. Seuls un arc dit « turquois » et une flèche y sont représentés, avec force détails : système d’attache de la corde, encoche de la flèche.

Cette arme de jet à double courbure, très puissante, venant d’Orient, est habituellement utilisée par les peuples nomades, tant pour la chasse que pour la guerre. Elle est ici aux mains du cavalier de la scène 9, Le vainqueur au cheval blanc, dont l’arc est le principal attribut dans le texte de l’Apocalypse.

  

Arc « turquois » et sa flèche
Détail du Vainqueur au cheval blanc, scène 9 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

   

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