Fermeture de l'alerte

L'armée de l'Apocalypse

De feu et de soufre

Et je vis ainsi les chevaux dans ma vision : ceux qui les montaient avaient des cuirasses de feu, et d’hyacinthe, et de soufre ; les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions, et de leur bouche il sortait du feu, de la fumée et du soufre (Apoc. IX, 17, 18).

La mention « de feu et de soufre » figure dans le texte de l’Apocalypse de saint Jean, dernier Livre de la Bible, rédigé à la fin du Ier siècle de notre ère. C’est ce récit que la tapisserie d’Angers illustre.
Au chapitre 9, il est fait mention des cinquième et sixième trompettes qui libèrent des créatures infernales, des anges destructeurs et des cavaliers redoutables.

  

Des flammes « s’échappent » des vêtements des guerriers, illustrant « les cuirasses de feu » du texte de l’Apocalypse. Détail des Myriades de cavaliers, scène 26 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

   

Le feu et le soufre sont utilisés pour faire la guerre au Moyen Âge. Le pouvoir destructeur du feu est utilisé de longue date. Il est parfois allumé par des torches ou des projectiles chauffés, des flèches ou des récipients, lancés à la main ou avec une machine de jet, voire transportés par des animaux.
On utilise des additifs pour aggraver l’effet du feu. Le salpêtre qui dégage de l’oxygène, le suif, le naphte, la chaux vive, l’huile qui font que l’eau ne l’éteint pas ou qu’il flotte sur la mer…
Le soufre entre dans la préparation de pétards et de fusées. 

  

L’armée céleste

Le texte de l’Apocalypse décrit le combat entre le Bien et le Mal. Il comporte de multiples mentions liées aux armes ou à la guerre. Le Christ au « glaive à deux tranchants », « l’arc » du vainqueur au cheval blanc, le quatrième cavalier qui a le pouvoir de « faire mourir les hommes par l’épée ». Plus effrayantes encore, les sauterelles aux « cuirasses de fer, et le bruit de leurs ailes était comme un bruit de chariots à plusieurs chevaux courant au combat ».

Sur la tapisserie, le Christ manie des épées dont la figuration est très réaliste. Sur la scène 3, Le Christ au glaive, celle qui sort de sa bouche symbolise le jugement divin. Sur les scènes 73 et 74, il brandit l’épée pour chasser les Bêtes.

  

Détail du Christ au glaive, scène 3 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Les Anges de l’Euphrate (scène 25) ont chacun une arme différente : hache de pas, lance, fauchon et épée que l’ange au centre de la scène tire d’un fourreau sur lequel est enroulé un baudrier (ceinture) dont on voit distinctement la boucle.

L’archange saint Michel (scène 36) terrasse le dragon, le Mal, avec une très longue lance qui s’achève par une croix. À ses côtés, deux anges – dont l’un se protège d’un petit bouclier rond - se battent à l’épée, deux autres à la lance. En regardant en détail la lance de droite, on voit qu’elle est multicolore. On connaît effectivement des lances avec des traces de polychromie. Outre la fonction protectrice de la peinture, ces motifs (végétaux, enroulements…) indiquent le rang social ou la famille du combattant. Les boucliers peuvent également être peints.

  

Saint Michel et des anges combattant le dragon. Ils sont armés de lances, d’épées et de boucliers
Détail de Saint Michel combat le dragon, scène 36 de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

Sur la tapisserie

La tapisserie de l’Apocalypse, réalisée dans le contexte de la guerre de Cent Ans, à laquelle son commanditaire, Louis Ier d’Anjou, participe activement, montre des représentations très réalistes de combattants, de leurs  armes, de leur équipement et celui de leur monture. On voit par exemple de manière très détaillée la façon de tenir l’épée, l’attache de l’éperon ou encore les fixations de la hache de pas…

Comment les lissiers sont-ils parvenus à un tel degré de précision ? Est-il dû à la qualité du travail de Jean de Bruges, peintre du roi, auteur des dessins préparatoires de la tapisserie ?

Si les armes, les équipements des chevaux et de protection du corps sont montrés avec exactitude sur la tapisserie, certaines armes assurément et largement utilisées n’y figurent pas. 

Il y a

  • Un arc turquois et sa flèche
  • Des armes d’hast (hache de pas, lances…)
  • Des épées et leurs fourreaux
  • Des fauchons
  • Une dague
  • Des boucliers (targes, bocles)
  • Des étendards
  • Des équipements de protection du corps : haubergeons, chapels de fer, bacinets, canons d’avant-bras, cubitières, cuissards, genouillères, grèves, gantelets, solerets
  • Des équipements du cheval : étriers, selles, tapis de selle, caparaçons, pièces de harnachement (mors, rênes, harnais…) et éperons du cavalier

Il n’y a pas

  • de longbow anglais
  • d’arc français
  • d’arbalète
  • de masse d’armes
  • d’arme à feu
  • d’engin de siège
  • d’arme de jet
  • de fronde

   

Les armes, les équipements des hommes et des montures dans la tapisserie de l’Apocalypse
Vidéo, 2020
© I. Guégan - DRAC des Pays de la Loire, C. Leroi, N. Cheradame - CMN

  

Les sons et les signes de la guerre

Un ange jouant d'une trompette aux armes d'Anjou, détail de la bande de ciel de la tapisserie de l’Apocalypse
© A. Ruais / CMN

  

La guerre est bruyante : hennissement des chevaux, choc des armes et cris de guerre, plus ou moins articulés, pour fédérer et intimider. Au milieu de ce vacarme résonnent des instruments.
Les trompettes, comme celles qui figurent sur la tapisserie de l’Apocalypse, sont présentes sur le champ de bataille. Elles y transmettent les ordres. Au point du jour, elles sonnent le « deslogement ». Utilisées trois fois, elles scandent trois injonctions : seller sa monture, s’armer, monter à cheval.
Les trompettes donnent l’alerte, le signal de l’assaut, sonnent la retraite ou demandent le ralliement des troupes éparpillées en « sonnant à l’estendart ».
Dans les recensements des gens d’armes, des ménestrels et des trompettes figurent aux côtés des chevaliers, écuyers, archers ou arbalétriers.

Sur la tapisserie, on voit des trompettes munies d’un étendard carré aux armes de Louis Ier et des lances avec des cornettes blanches sans ornement. 
La bannière a un rôle très important dans les affrontements. Seuls les princes, seigneurs et chevaliers « bannerets » peuvent la faire porter.
Elle protège, galvanise les troupes et forme un point de ralliement mais paradoxalement met en danger le prince en signalant sa localisation.

Jean Froissart explique dans ses Chroniques que le Prince Noir, vainqueur à la bataille de Poitiers, « fit sa bannière mettre sur un haut buisson pour toutes gens recueillir, et corner ses menestrels, et ôta son bassinet ».

  

< Page précédente : La guerre de Cent Ans et les forces en présence <

> Suite de l'exposition : Cheval de guerre >

MenuFermer le menu