Cheval de guerre

Vues générales de la galerie consacrée à l’équipement du cheval et du cavalier dans l’exposition © CMN

Le cheval occupe une place centrale dans la société du XIVe siècle. Symbole de l’idéal chevaleresque, il est le compagnon privilégié de la noblesse et son indispensable moyen de transport. Le cheval est aussi une arme offensive à part entière qu’il convient de parer, de soigner et d’équiper pour les combats.

Le développement de la cavalerie lourde et de la charge coordonnée fait du «cheval de bataille » un véritable enjeu stratégique et un support d’innovation : sa sélection génétique et son harnachement se perfectionnent durant tout le Moyen Âge.
À côté du « palefroi » destiné à la marche, apparaît le « destrier », puissant et grand cheval de guerre. C’est de là que vient l’expression « monter sur ses grands chevaux ». 

La tapisserie de l’Apocalypse est un document exceptionnel pour apprécier l’équipement des chevaux et des cavaliers durant la guerre de Cent Ans. Grâce à certains détails très réalistes, elle offre une illustration parlante des objets découverts en contexte archéologique. Elle apporte des indices sur la façon dont les pièces de harnachement sont ajustées, le choix des montures et l’extrême soin dont elles font l’objet. Elle montre aussi précisément les techniques de monte et de combat à cheval alors en vogue.
On observe ainsi dans la tapisserie plusieurs personnages chevauchant d’élégants palefrois parés de harnais luxueux. C’est le cas dans la scène du Vainqueur au cheval blanc (scène 9). Le destrier apparaît également avec l’image du cheval-hybride de La Cinquième Trompette : les sauterelles (scène 24).

  

Fer clouté
Détail du Vainqueur au cheval blanc, scène 9 (en partie retissée au XIXe siècle)

Éperon à molette, étrier
Détail des Myriades de cavaliers, scène 26

Mors à branches, rênes, bride avec têtière et pendeloque en forme de croissant
Détail du Cheval noir et la famine, scène 11

Détails de la tapisserie de l’Apocalypse
© I. Guégan, DRAC des Pays de la Loire

  

L’équipement du cheval et du cavalier

Dans l’imaginaire chevaleresque, la monture est perçue comme le prolongement de son cavalier.
Au-delà de cette idée, l’équipement du cheval est aussi une nécessité pratique, puisque de la parfaite maîtrise du cheval dépend la vie de celui qui le monte au combat.
Les pièces de harnachement sont des signes d’appartenance sociale mais aussi des éléments de contact pour améliorer la monte.
L’armement du chevalier s’alourdit au cours de la période médiévale. Conjointement, la selle s’élargit et se rehausse jusqu’à devenir dans certains cas un véritable siège, avec un haut troussequin pour dossier. Placée sur un tapis aux motifs héraldiques, la selle est ajustée grâce à une sangle, une bricole et une croupière ornées de plaques de harnachement. Ces dernières, comme les carrefours de harnais, sont décorées aux armes du cavalier. Elles ont en outre une fonction défensive, notamment pour protéger les poitrails des chevaux face aux lances adverses. 

Ces protections évoluent au cours du Moyen Âge : le cheval destiné à la charge est revêtu d’une housse, d’un caparaçon, d’un chanfrein, de bardes de poitrail ou d’encolure.

  

Reconstitution de chanfrein dans le goût du XIVe siècle
Fer forgé, cuir
XIXe siècle
Europe occidentale
Musée de l’Armée, Paris  
Constitué de pièces de fer, de cuir ou de toile matelassée, le chanfrein protège la partie frontale de la tête du cheval jusqu’à devenir, à partir du XVe siècle, un véritable casque, avec protection d’oreilles, trous de vision et grillages pour les naseaux.
© CMN

Reconstitution d’une selle d'armes dans le style du début du XVIe siècle
Fer forgé, cuivre, bois, écorce de bouleau, cuir, poil
Vers 1870
Allemagne ou Flandres
Musée de l’Armée, Paris
© CMN

  

Le mors agit sur le palais et la langue du cheval par l’intermédiaire des rênes. La tapisserie présente plusieurs types de mors, simples ou à branches. L’usage de mors à longues branches est particulièrement prisé par la noblesse car il assure une main plus douce.
Les pieds des chevaux, très sensibles, font l’objet de soins particuliers grâce à l’usage de fers. Les hipposandales, connues dès l’Antiquité pour corriger les boiteries, sont aussi utilisées.

Les éperons marquent l’appartenance à la chevalerie : ils sont remis aux chevaliers durant l’adoubement. Objets précieux, ils sont généralement en bronze doré. À partir du XIIIe siècle, la pointe unique est remplacée par une molette dentelée tournant autour d’un axe afin de toucher finement le flanc du cheval lors de la pression du pied. Au XVe siècle, l’allongement de la tige accompagne la nouvelle posture des jambes du cavalier, projetées vers l’avant, qui permet d’éviter un traumatisme aux reins du cheval lors des chocs.

Éléments majeurs de stabilité, les étriers sont plutôt triangulaires au XIVe siècle avant de s’élargir à la fin du XVe siècle. Leur emploi courant depuis le début du Moyen Âge modifie le visage de la guerre : grâce à un meilleur appui sur leurs jambes, les cavaliers bénéficient d’une plus grande capacité offensive.

  

Vitrine des étriers, éperons et fers à cheval
© CMN

  

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