Les algorithmes et l'IA comme outils d'une création émancipatrice
Les algorithmes permettant de déchiffrer des données et prédire des états futurs ont souvent pour visée d’influencer les comportements. Contrepoints prend cette logique à rebours : utiliser l'intelligence artificielle pour créer de l'espace, des écarts, danser des hallucinations, architecturer des chimères, écrire des invitations émancipatrices, et ainsi conjurer la dystopie.
À l'inverse de l’usage industriel des algorithmes, qui leur assigne un rôle de prédiction et de contrôle des désirs, Contrepoints les utilisent pour générer automatiquement du texte et du mouvement, afin d'échapper à nos propres automatismes, faisant de ces dispositifs de puissants outils d'exploration et de jeu.
Une création contemporaine autour de la tapisserie de l'Apocalypse
Le projet s’amarre à la tenture de l'Apocalypse Elle joue ici le rôle d’une immense matrice codée à déchiffrer, une « graine » générative où les images et les chiffres fonctionnent comme des symboles, superposant plusieurs niveaux d'interprétation : le texte biblique, mais aussi la guerre de Cent Ans et la peste noire, contemporaines de sa fabrication.
L'histoire de l'objet lui-même, utilisé à certaines époques comme bâche de protection pour orangers ou garniture d'écurie, invite à méditer sur la relativité des valeurs. La tapisserie résonne ainsi avec les questions à l’œuvre dans le travail scénique et performatif de LPDi : qu'est-ce que je vois ? qu'est-ce qui est spectaculaire ? quelle hiérarchie structure la perception du mouvement, du langage ?
LPDi a travaillé à partir de détails de la tapisserie : un zoom appuyé sur des images ultra haute résolution a permis de déconstruire l’échelle figurative familière et de faire apparaître des paysages abstraits, difficiles à percevoir in situ. Un autre phénomène a alors eu lieu : une pixellisation de l’image à mesure que la trame textile, pourtant fine, s’est révélée à l’œil.
À partir de chaque image-détail moissonnée dans la tapisserie, ont été construits à l’aide d’algorithmes un texte et une danse, l’ensemble formant un triptyque image-texte-mouvement. 12 groupes de 12 triptyques ont été créés, produisant 144 images, textes et séquences vidéo.
En continu, le serveur hébergeant l’œuvre diffuse sur un site internet 7 canaux correspondant à 7 triptyques parmi les 144 possibles, en écho aux septénaires de l’Apocalypse (églises, sceaux, trompettes…).
Installation numérique et performance : une expérience totale
Ces nouvelles formes ainsi générées proposent de nouvelles expériences sensibles au visiteur, à travers une œuvre déployée sous forme d’installation et performance, mais aussi active en permanence en ligne.
Ces triptyques sont déployés dans une installation physique de 7 tablettes tactiles positionnés dans la galerie de l'Apocalypse. Chaque écran peut afficher au choix la modalité image, la modalité texte ou la modalité mouvement (vidéo). 2187 configurations différentes de l’installation peuvent ainsi être explorées à chaque instant, de manière interactive en fonction du choix effectué par les visiteurs, ou de façon algorithmique.
Par ailleurs, chacun des 7 canaux de l’œuvre en ligne peut être visualisé sur un mobile ou un ordinateur, permettant un accès fragmenté à l’œuvre. À mesure que le temps passe, une explosion combinatoire des formes s’opère : en tout, 2 milliards et demi de milliards de configurations possibles existent pour le septénaire d’écrans ainsi conçu !
Le 11 mars et le 13 mai, l’installation sera activée par une performance qui se saisira des matériaux de l’œuvre, images, textes, mouvements. Un parallèle s’opérera entre le mouvement de révélation par zoom à l’œuvre dans Contrepoints et le travail performatif de la compagnie, qui s’emploie à donner accès à des manifestations insoupçonnées du corps.