"Enfant turc, je suis né en Allemagne de parents ouvriers. Ma mère y est couturière, elle fait de la confection à la pièce. Mon père, dilettante, vogue de petit boulot en petit boulot, s’intéressant plutôt à la photographie. Ils rentrent au pays un an après ma naissance. Nous sommes en 1983. Mon père, en ramène deux appareils photographiques et une caméra super 8, ainsi que tous les équipements de développement. Il ouvre en rase campagne un studio photos couleurs : FOTO ÖCAL.
La région, peuplée de nomades, se déplace pour ses clichés. De l’Allemagne ne me restent que les souvenirs heureux racontés. J’en ai fait une contrée fantasmée. Je me suis mis en compétition avec ces récits d’Europe, me faisant satyre, depuis ma steppe, la péninsule Teke, littéralement la péninsule des « bouquetins de la montagne », où j’ai grandi. Issu de tribus nomades-éleveurs, j’ai reconnu chez mon père, non pas de la paresse, mais un regard curieux sur le monde, en symbiose avec la nature.
C’est cet héritage qui m’a fait artiste, pluridisciplinaire. Je pose un regard singulier sur la beauté du monde. Le chant d’un oiseau, la robe d’un cheval qui respire, une épine de rose, l’écorce d’un arbre, une feuille desséchée par l’automne, l’horizon immuable après la tempête, autant de flux qui font le monde et nous submergent.
Tel un nomade, ma pratique ne s’intéresse qu’à ça – marcher dans la steppe – (re)garder le troupeau – être au monde."